Le drame survient alors que les établissements de santé du territoire faisaient face dans le même temps à une forte sollicitation, suite à la grève des urgences des cliniques privées et des cabinets de médecine de ville.

/ Photo Cyril SOLLIER
C’est une voisine qui a donné l’alerte, après la découverte de sang devant le domicile de la victime. Ce mardi 6 janvier, à 16 h, les sapeurs-pompiers sont intervenus au domicile de Sandrine I., âgée de 53 ans à Meyrargues. Cette dernière ne répondant pas aux appels, les secours sont passés par la fenêtre pour pénétrer dans l’appartement, appuyés par la police municipale de la commune. La quinquagénaire a été retrouvée consciente dans son logement. D’après les premiers éléments, elle serait tombée devant chez elle, se blessant au visage alors qu’elle était alcoolisée. Elle est ensuite rentrée chez elle avant de s’enfermer. « C’était une personne isolée, sans lien social avec des problèmes d’alcool et qui vivait dans la commune depuis environ deux ans« , rapporte le maire de Meyrargues, Fabrice Poussardin.
Selon les éléments communiqués par le centre hospitalier intercommunal d’Aix-Pertuis (Chiap), la patiente a été conduite aux urgences par les pompiers dans un contexte « de sollicitation importante du service« . Elle serait ensuite restée en attente deux heures dans l’ambulance, sous la surveillance régulière des équipes de secours. C’est alors qu’un arrêt cardio-respiratoire est survenu alors qu’elle se trouvait encore dans le véhicule sanitaire. « Son état s’est dégradé rapidement et de manière imprévue pendant la phase d’attente« , commente le Service départemental d’incendie et de secours (Sdis).
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« La patiente a immédiatement été prise en charge par les équipes des urgences et du service de réanimation. Malgré la mise en œuvre de l’ensemble des soins requis dans ce type de situation, son décès a été constaté à l’hôpital« , indique la direction de l’hôpital. Dans un communiqué, la communauté hospitalière a présenté ses condoléances aux proches de la patiente et assuré « la population aixoise du plein engagement de ses équipes« .
Grève des médecins
Ce décès intervient dans un contexte de grève suite à la contestation du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2026 adopté mi-décembre 2025. De manière générale, le malaise dû à ce qu’ils jugent comme des « attaques » contre leur métier alimente la colère des médecins libéraux (généralistes, spécialistes en ville ou en clinique privée). Dans un communiqué commun, les responsables médicaux de l’Hôpital Privé de Provence et de la clinique Axium avaient annoncé un accès « très restreint » à leurs urgences dès le 5 janvier. La grève des médecins, qui touche aussi bien les généralistes que les spécialistes de ville, pourrait par ailleurs se poursuivre, avec une cessation totale d’activité envisagée dans ces établissements du 10 au 14 janvier.
« L’hôpital est déjà sous tension avec un manque d’effectifs et de lits, à cela s’ajoute le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) que dénoncent à raison les médecins de ville et cliniques privées. Les responsables sont la politique du gouvernement et l’ARS« , avance René Sale, secrétaire général du syndicat FO des hospitaliers d’Aix-Pertuis.
Mardi 6 janvier, Francis Saint-Hubert, directeur du Chiap, expliquait à La Provence que l’hôpital public s’était préparé à un afflux de patients en raison de la grève des cliniques privées et de cabinets de médecine de ville, conjuguée à l’épidémie de grippe. « L’ARS a pris en main ce dossier, des réquisitions ont été faites. Des cellules d’organisation sont réunies tous les jours pour pouvoir libérer des lits et accompagner les sorties« , indiquait-il, tout en recommandant aux patients de contacter leur médecin traitant lorsqu’il est en activité ou d’appeler le 15 avant tout déplacement aux urgences.
La saturation des urgences du Chiap s’inscrit dans une problématique plus profonde. D’après le personnel soignant, cela fait plusieurs années que des files de véhicules sanitaires, parfois une dizaine, patientent aux portes des urgences de l’hôpital d’Aix. « Parfois c’est 12 véhicules qui attendent ! Je travaille à l’hôpital depuis 45 ans j’ai bien vu la situation se dégrader, s’insurge René Sale. Il s’agit une fois de plus des conséquences des politiques du gouvernement sur un hôpital déjà sous tension. Au lieu de mettre de l’argent dans l’hôpital public, le gouvernement préfère le mettre dans l’armement et la guerre. Nous, on est là pour sauver des vies. » Pour ne pas arranger la situation, la fermeture des urgences de Manosque, de Cavaillon et d’autres communes entraîne un report sur celles d’Aix. « Le personnel est saturé, il y en a ras le bol.«
Article source La Provence : https://www.laprovence.com/article/faits-divers-justice/85482100478101/greve-des-medecins-une-patiente-meurt-alors-quelle-attendait-une-prise-en-charge-aux-urgences-a-lhopital-daix